—De l'eau-de-feu! Oah! viens avec nous.
—Aidez-moi à porter ces barils.
On enleva le tout en un tour de main, tandis que l'étranger prenait n long mousquet couché à l'arrière du canot et le jetait négligemment sur son épaule. Tout en suivant les Sauvages il soufflait, pour en raviver la flamme sur une longue mèche allumée qui s'enroulait près de la lumière de son arquebuse.
Arrivé au milieu du village il s'arrêta et fit signe de déposer les barils à terre.
—Allez me chercher des peaux de castor, de renard et de buffle, des raquettes et des souliers de peau de daim, dit-il en s'appuyant d'un air résolu sur le canon de son mousquet.
Mornac attiré par le mouvement de va et vient sortit de son ouigouam et vint se mêler au groupe de Sauvages qui entouraient l'homme blanc.
Joncas et lui se reconnurent aussitôt.
Mais tous les deux se regardèrent froidement comme s'ils ne s'étaient jamais vus.
Joncas qui avait couru longtemps les bois et qui, comme trappeur avait eu des relations fréquentes avec les habitants de la Nouvelle-Hollande parlait assez bien la langue de cette population. Muni d'une forte somme que Mme Guillot lui avait remise il s'était rendu à Orange après avoir laissé ses deux compagnons dans la grotte du champ des morts.
Au fort d'Orange il s'était procuré un canot, un baril de poudre, quatre d'eau-de-vie et s'était embarqué avec ces marchandises sur la rivière Manhatte qu'il avait remontée jusqu'au grand village d'Agnier.