—Mon frère est libre de s'en aller quand il voudra.
Joncas s'inclina sans répondre, et, ces échanges faits, demanda qu'on l'aidât à emporter ses emplettes jusqu'au canot.
On s'empressa de l'obliger.
Quand il eut placé ses effets sur l'embarcation, il salua de la main tous ceux qui l'avaient escorté, s'assit à l'arrière de sa pirogue que se mit à descendre aussitôt le courant et disparut au prochain détour de la rivière.
Joncas suivit ainsi le fil de l'eau près d'une demi-lieue au dessous de la bourgade. Là, bien sûr qu'on ne pouvait plus le voir et qu'il n'était pas épié, il s'orienta. Sur la rive gauche il reconnut un gros arbre qu'il avait remarqué. A trois reprises il imita le cri strident et cassé du martin-pêcheur.
Du massif d'arbres qui bordaient la rive le même signal répondit au sien, et Joncas poussa son canot vers le bord qu'il atteignit en quelques coups d'aviron.
La tête et le corps nu d'un Sauvage sortirent d'une touffe de broussailles.
—Le Renard-Noir est-il fatigué de m'attendre? demanda Joncas.
—Un vrai Huron ne connaît pas la fatigue, répondit fièrement le
Sauvage. Mon frère a-t-il réussi?
—Oui. L'eau-de-feu coulera pendant le festin ce cette nuit.