Le gouverneur s'assoit dans un fauteuil, et sa suite à ses côtés; les députés Iroquois s'assirent sur une natte, aux pieds de M. de Mésy, pour marquer plus de respect à Ononthio.
Tout le milieu de la place était vide, afin que l'orateur iroquois pût faire ses évolutions sans embarras. L'éloquence des Sauvages exigeait beaucoup de mouvements et, s'exprimait autant par des gestes très-animés, même des bonds, que par la parole.
L'un des Iroquois, porteur d'un long calumet tout bourré de pétun, l'alluma et le présenta au chef. Celui-ci le prit, fuma gravement quelques bouffées, et passa la pipe au gouverneur, qui dut en faire autant. Lorsque le calumet de paix eut circulé par toutes les bouches françaises, il revint aux Iroquois, qui achevèrent de consumer le tabac qu'il contenait.
Durant ce temps, Mornac s'essuyait la bouche à la dérobée.
—Mordiou! grommelait-il, c'est un cérémonial assez malpropre que celui-là.
Les Iroquois avaient apporté vingt colliers de grains de porcelaine,[12] qui représentaient les différentes propositions à faire. Toutes avaient rapport à la paix dont la conclusion faisait l'objet de cette ambassade. Chaque collier avait une signification particulière. L'un aplanissait les chemins, l'autre rendait les rivières calmes, un troisième enterrait les haches de guerre, d'autres signifiaient qu'on se visiterait désormais sans crainte et sans défiance, les festins qu'on se donnerait mutuellement, l'alliance entre toutes les nations, et le reste.
[Note 12: Avant l'arrivée des Européens dans le pays, les Sauvages confectionnaient ces colliers avec l'intérieur de certains coquillages; mais comme ces wampums leur coûtaient beaucoup de travail, ils leur préfèrent bientôt les colliers de verroterie, des que les blancs vinrent en contact avec les aborigènes de l'Amérique septentrionale.]
Griffe-d'Ours s'expliquait passablement en français. Il l'avait appris des nombreux captifs que les Agniers emmenaient dans leur bourgade.
Il se leva lorsque la pipe fut éteinte, et prit un collier, qu'il présenta au gouverneur en lui disant:
«Ononthio, prête l'oreille à ma voix; tous les Iroquois parlent par ma bouche. Aucun mauvais sentiment ne se cache en mon coeur, et mes intentions sont droites comme la flèche d'un guerrier. Nous savions bien des chansons de guerre (nos mères nous en ont bercés); mais nous les avons toutes oubliées, et nous ne connaissons plus que des chants de paix et d'allégresse.»