Il y eut un éclair dans l'oeil de Griffe-d'Ours.

—Le blanc a raison, dit-il aux convives. Il prétend que l'eau-de-feu nous ferait manger davantage et nous rendrait joyeux. Où est l'eau-de-feu?

—L'eau-de-feu! Où est l'eau-de-feu? crièrent tous les autres avec un tel entrain que la cabane en trembla.

—Voilà que ça mord! pensa Mornac.

Son regard se croisa avec celui de Vilarme qui lui parut soudain plus méfiant. Quelques convives sortirent sur le champs et revinrent avec les barils d'eau-de-vie dont l'un avait déjà été ouvert et à moitié vidé avant le repas. Ce qui avait causé l'excitation peu ordinaire de la danse.

On vida le reste du premier baril dans un grand plat d'écorce à même lequel le chef but d'abord à longs traits et les autres convives après lui.

Ensuite de quoi le festin continua.

Les mâchoires reprirent leur rude besogne avec plus d'entrain que jamais. Seulement, au bout de quelques minutes, l'eau-de-vie agissant, les langues se mirent aussi de la partie et les conversations s'engagèrent.

Isolées d'abord, elles firent le tour du cercle comme une traînée de poudre qu'on enflamme, et devinrent aussitôt générales.

Dix minutes s'étaient à peine écoulées que Griffe-d'Ours se leva pour obtenir le silence.