—Que mes frères n'oublient pas, dit-il que nous avons encore de l'eau-de-feu, et que cela aide à avaler les viandes du festin.
—Hô-ô! vociférèrent les autres. Nous avons encore de l'eau-de-feu, qu'on nous en donne!
Le second quart fut défoncé, le plat rempli et vidé de nouveau deux fois de suite.
Cela va bien! pensa Mornac qui avait donné comme les autres son accolade à l'énorme coupe.
—Il me regarde curieusement, pensa le Gascon. Se douterait-il de quelque chose? Malheur à lui dans ce cas! Je le tuerai!
Tandis que les conversations s'engagent de nouveau pour devenir de plus en plus bruyantes, profitons du tumulte afin de nous rendre un peu compte des réflexions de Vilarme.
Dans l'après-midi, on se souvient qu'il avait encore reçu une verte correction de la Corneille, son acariâtre moitié. Cette scène avait eu lieu juste avant l'arrivée de Joncas au village et la honte avait empêché Vilarme de sortir si tôt après, bien que le brouhaha causé par la venue du marchand eût éveillé son attention.
Mais le tumulte créé par le retour du parti de chasse avait donné le dernier coup d'éperon à sa curiosité, et, la Corneille étant déjà sortie de sa cabane pour aller se joindre au groupe qui entourait le marchand, Vilarme s'était décidé d'en faire autant de son côté. Mais comme il arrivait près de la foule, Joncas avait déjà tourné le dos pour sortir du village.
Vilarme ne l'ayant pas vu en face n'avait heureusement pu reconnaître le
Canadien sous son déguisement.
Cependant les allures de Mornac pendant la danse et le repas, la proposition détournée du Gascon touchant l'eau-de-vie, lui donnaient à penser.