La nuit était descendue sur le bois lorsqu'ils arrivèrent sur les bords du lac Champlain.
Bien que chacun tombât de fatigue, il fut résolu qu'on gagnerait sans plus tarder l'Île-aux-Cèdres, sise à six lieues de distance, et où l'on serait plus en sûreté pour passer la nuit.
La pirogue fut remise à flot et les rameurs se courbèrent de nouveau sur leurs avirons qui plongèrent avec ensemble dans l'eau noire et profonde.
Pas un d'eux ne rompait le grand silence de la solitude, et Jeanne chaudement couchée au fond de la pirogue, s'endormit à la cadence monotone des avirons, et aux joyeux glouglous de l'eau qui glissait avec rapidité sur le flanc mince et sonore du canot d'écorce.
Elle ne s'éveilla que lorsqu'on eut abordé à l'Île-aux-Cèdres.
Il était minuit.
Le Renard-Noir s'empressa d'aller explorer l'îlot pour s'assurer que personne autre qu'eux n'y campait cette nuit-là.
L'on mangea de grand appétit et chacun se prépara à dormir de la manière la plus confortable Vu la crainte qu'ils avaient d'être poursuivis et le danger qui les empêchait de faire du feu, les fourrure leur étaient de la plus grande utilité.
Le Huron, infatigable, se chargea de la première veille tandis que ses compagnons, roulés dans leurs couvertures, s'endormaient sous les branches protectrices d'un petit bosquet de cèdres. Appuyé sur le canon de son arquebuse, le Huron prêtait l'oreille au moindre bruit et promenait ses regards autour de l'île sur les ondes calmes où se miraient, frileuses, quelques rares étoiles qui, l'une après l'autre, disparurent en arrière de gros nuages sombres dont le ciel fut bientôt voilé.
—Demain la neige nouvelle blanchira la forêt, pensa le chef, et peut-être ne pourrons nous pas aller bien loin sur le lac, si la gelée devient plus forte.