M. de Mésy, le gouverneur, n'était plus là pour l'y recevoir, étant mort quelques semaines auparavant, le septième jour de mai.

Son humilité et sa charité pour les pauvres lui avaient fait demander d'être enterré avec eux dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu. On avait fait élever sur sa fosse une grande croix qu'on y voyait encore au temps où la Mère Juchereau de St. Ignace écrivait son Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, c'est-à-dire vers 1716.

Du moins le vieux capitaine n'avait pas eu à subir l'affront de l'enquête que M. de Courcelles, le nouveau gouverneur qui n'était pas encore arrivé, était chargé de faire contre lui au sujet de ses différents avec le Conseil-Supérieur.

A peine rendu au château du Fort, M. de Tracy dut recevoir la députation des notables de la ville, ainsi que celles des Hurons et des Algonquins qui se montrèrent des plus empressé à lui faire leur cour.

Ces derniers accompagnèrent leurs compliments de présents à leur manière. M. de Tracy prit beaucoup de plaisir à leurs discours. Il leur répondit fort obligeamment par un interprète et leur promit de les secourir et de les protéger contre les Iroquois de tout son pouvoir, dès que les troupes attendues de France seraient toutes arrivées. Mais comme le reste du régiment pouvait tarder à venir, il promit aux Sauvages, nos alliés, de leur donner, sous peu de jours, un certain nombre d'hommes pris dans les huit compagnies déjà rendues à Québec, afin de commencer tout de suite à construire la série de forts que l'on voulait élever sur les bords de la rivière Richelieu, pour contenir les Iroquois dans leur pays.

Quelques jours après, Mornac qui brûlait du désir de présenter ses hommages au Vice-Roi, mais qui avait prudemment attendu que le marquis fût remis de ses fatigues et, en conséquence mieux disposé à l'entendre, le chevalier du Portail de Mornac se faisait annoncer chez Monseigneur de Tracy.

Il avait eu soin de se munir de tous ses papiers de famille, qui étaient restés dans sa valise, à l'hôtellerie du Baril-d'Or, et témoignaient de sa bonne vieille noblesse.

C'était tout ce qui lui restait en héritage de ses aïeux, mais certes! c'était beaucoup pour lui.

M. de Tracy reçut le chevalier gracieusement et voulut ouïr sur le champ les aventures de Mornac, dont on lui avait déjà parlé.

Comme bien on le pense, le Gascon ne se fit pas prier et déploya dans son récit une verve et un entrain qui lui gagnèrent aussitôt la sympathie du Vice-Roi.