—Je crois que je vais pouvoir vous être utile, lui dit M. de Tracy, lorsque le chevalier prit congé de lui.
A quelques jours de là, Mornac, que le marquis avait fait mander par le capitaine des gardes, ne faisait qu'un bond du château Saint-Louis à la demeure de Mme Guillot.
Quand on l'eut introduit auprès de Mlle de Richecourt, il s'écria joyeusement:
—Victoire, belle cousine, victoire! Monseigneur vient de me nommer lieutenant à la place d'un officier de Carignan, mort durant la traversée!
—Oh! quel bonheur pour nous deux, Robert! repartit Mlle de Richecourt dont la figure prit aussitôt le plus grand air de félicité.
—Hélas! ma bonne Jeanne, un regret vient pourtant se glisser entre nous et cet heureux évènement. C'est que j'ai reçu l'ordre de partir demain matin avec ma compagnie pour aller commencer la construction des forts sur le Richelieu.
—Ah!… et notre mariage…!
—Retardé, ma pauvre amie, forcément retardé!
—Encore!… Mon Dieu! Robert, que tous ces délais me semblent de mauvais augure! N'allez-vous pas courir maints dangers dans cette expédition? Et s'il allait vous arriver malheur. Ah! j'en mourrais!
—Voyons! ma chère Jeanne, lui dit Mornac en pressant une main qu'on ne lui refusait plus maintenant, voyons mon amie, soyez raisonnable! Quels dangers puis-je coureur de la part des Iroquois, au milieu de ma compagnie de braves soldats qui ont guerroyé contre les Turcs et ont eu maille à partir avec des hommes autrement redoutables que ces moricauds de Sauvages. Loin de craindre, je me sens heureux d'aller me promener en triomphateur dans ces mêmes régions qui m'ont vu, l'an dernier, passer ignominieusement enchaîné comme un vil captif. Le blason des Mornac a reçu alors une tache qui ne peut être lavée que dans le sang iroquois. Soyez tranquille, ma bonne Jeanne. Vous me reverrez en deux ou trois mois, et alors…