Un long baiser chaudement appliqué dans la petite main de Mademoiselle de Richecourt, compléta la phrase interrompue.
Jeanne secoua la tête et dit tristement:
—J'ai été si peu favorisée jusqu'aujourd'hui par le sort, qu'il me semble que la mauvaise fortune tient pour toujours son oeil jaloux sur moi, et que je ne dois m'attendre qu'à des mécomptes et des malheurs!
Le lendemain, 23 juillet, toute la ville était encore en l'air. Drapeaux et musique en tête, quatre compagnies du régiment de Carignan, suivies d'une autre composée de volontaires que commandait le sieur de Repentigny, descendaient du château du Fort à la basse ville et défilaient, de la façon la plus martiale, au milieu de la population pressée sur leur passage.
Un parti considérable de Hurons et d'Algonquins les accompagnait, arrivés à l'Anse-des-Mères tous s'arrêtèrent et l'embarquement commença.
Plus d'un baiser, des centaines de chaleureuses poignées de main, furent échangés entre ceux qui restaient et ceux qui allaient partir.
Vers les dix heures du matin, les troupes et les volontaires étaient embarqués sur de grands bateaux qui, sur le champ, mirent à la voile suivi d'une flottille de canots d'écorce montés par les Sauvages alliés.
Les voiles se gonflèrent sous la pesanteur du vent, les avirons plongèrent ensemble de chaque côté des pirogues et la flottille s'ébranla.
Sur le dernier bateau, debout près du grand mat, son large chapeau de feutre incliné sur l'oreille gauche, la plume au vent, le poing sur la hanche, un mouchoir noué à la garde de son épée qu'il élevait en l'air en le livrant à la brise, se tenait le chevalier de Mornac.
Joncas et le Renard-Noir étaient assis à ses pieds sur un banc du bateau.