A terre, debout sur un cran de roche, Mlle de Richecourt apparaissait isolée de la foule qui couvrait le rivage. Comme elle élevait le bras pour agiter son écharpe en signe d'adieu, son buste superbe hardiment cambrées détachait vivement du fond bleuâtre de l'eau.
A l'apercevoir ainsi belle et attristée par le départ de son fiancé, les galants gentilshommes tout remplis de souvenirs mythologiques alors en vogue, la comparaient à Calypso, la splendide déesse, disant du haut des rochers de son île un éternel adieu à son amant Ulysse lorsque la haute mer va l'emporter loin d'elle.
L'une après l'autre les embarcations poussées par le vent et la marée favorable, disparurent derrière le promontoire élevé du Cap-aux-Diamants.
Le mouchoir de Mornac et l'écharpe de Mlle de Richecourt échangèrent un dernier signe d'intelligence… et les amants se trouvèrent seuls chacun de son côté; lui s'acheminant vers le sombre inconnu, elle se penchant sur soi-même pour se consumer en une longue et peut-être éternelle attente.
La flottille avait déjà disparu depuis longtemps temps, que Jeanne restait encore immobile et les yeux fixés sur le haut du fleuve.
La voix de Louis Jolliet la tira de ses tristes réflexions.
—Désirez-vous monter maintenant à la haute ville? lui demandait le jeune homme.
Jolliet lui offrit le bras qu'elle accepta comme celui d'un frère, et ils reprirent silencieusement le chemin de la haute ville.
Au milieu de la monté, Jolliet, qui ne paraissait pas moins attristé que
Mademoiselle de Richecourt, lui dit avec quelque hésitation:
—J'ai, Mademoiselle, un service à vous demander.