Les coups de crosses répondent aux coups de tomohâk, fendent les crânes, fracassent les membres. Le sang pleut partout. Animés par son odeur âcre les hommes deviennent féroces et hurlent comme des bêtes fauves qui s'entre-dévorent.
Le Iroquois inférieurs en nombre, et qui avaient pensé prendre les Français par surprise—cela serait arrivé sans la chute de la tarière,—n'ont ni l'habitude ni la force de lutter longtemps en ligne rangée contre des soldats bien disciplinés.
Aussi leur faut-il bientôt battre en retraite et laisser, contre leur coutume, leurs blessés et leurs morts au pouvoir de l'ennemi.
Ils sautent par-dessus le rempart et disparaissent au milieu du bois.
Griffe-d'Ours et Mornac en roulant alternativement l'un sur l'autre, n'avaient pu se saisir de leurs dagues et continuaient à s'entre-déchirer par terre à belle dents. Griffe-d'Ours vit la défaite et la fuite des siens. IL fit un suprême effort, renversa sous lui le chevalier, lui saisit les deux poignets d'une main, et de l'autre lui prit les cheveux à poignée et se mit à traîner Mornac réduit à l'impuissance, en gagnant le rempart dans un endroit désert et opposé à celui où tous les combattants s'étaient postés.
Le Sauvage monta sur le parapet en soulevant Mornac pour l'entraîner en bas avec lui.
Il enjambait déjà le rempart, lorsque le chevalier enroula ses jambes autour d'une pièce de bois qui gisait sur le parapet.
—Sandious! grommela le Gascon, tu m'arracheras plutôt les bras duc corps, mais du moins mes jambes resteront ici!
Griffe d'Ours tira de toutes ses forces. Mornac sentit les angles de la poutre lui entrer dans les chairs, mais ne bougea point.
—Tu mourras ici, si tu le préfères, vociféra l'Iroquois, mais tu mourras!