Quinze Iroquois étaient restés hors de combat au dedans du fort.

Le reste de la nuit fut employé à panser les blessés et à se remettre des fatigues de la bataille.

Au jour M. de Sorel, qui s'était retiré sous l'appentis, fut réveillé par l'officier de service. Celui-ci venait l'avertir que les Hurons et les Algonquins étaient en train de brûler le chef Iroquois.

Le commandant se leva à la hâte et sortit. Il aperçut les Sauvages alliés groupés autour de Griffe-d'Ours, et occupés à le lier à un poteau qu'ils venaient de planter au milieu du fort.

M. de Sorel s'approcha d'eux et les supplia de laisser vivre le chef iroquois.

Les Sauvages gardèrent d'abord le silence et puis, sur le signal qu'en donna le Renard-Noir qui était assis sur une poutre, ils se mirent à murmurer.

Le commandant voulut insister et leur représenter combien leur coutume était barbare à l'égard de leur prisonniers de guerre.

Le Renard-Noir se leva, bien qu'avec peine, s'avança vers M. de Sorel et lui dit d'une voix creuse te tremblante:

—Le capitaine blanc sait-il que cet homme—il montrait Griffe-d'Ours impassible—a massacré ma femme et six de mes fils? Ignores-tu que cet Iroquois à tué de ses propres mains les robes noires Echon et Achiendase?[51] Ne sais-tu pas qu'il a causé la ruine entière de ma nation? Et moi-même qui combattais pour vous la nuit dernières, il m'a frappé d'un coup mortel. Cet homme doit mourir!

[Note 51: Les Pères Brébeuf et Lalemant.]