—Il doit mourir! répétèrent les Sauvages alliés d'un ton qui n'admettait pas de réplique.
Devant leur attitude décidée M. de Sorel vit bien qu'il fallait céder.
Il n'aurait pas été prudent de se brouiller avec ces Sauvages.
—Eh bien! s'écria-t-il, que son sang retombe sur vous; mais comme ce fort est la propriété du roi de France, et que mon maître ne permet pas de pareilles atrocités chez lui, emmenez le prisonnier hors des retranchements!
Les Sauvages saisirent Griffe-d'Ours par les épaules et les pieds, et sortirent de l'enceinte.
Le Renard-Noir se leva pour les suivre; mais ses forces le trahirent et il chancela.
Joncas qui était à côté de lui l'empêcha de tomber et lui dit:
—Pourquoi mon frère veut-il s'obstiner à rester debout? Le chirurgien a dit que vous en reviendriez peut-être en gardant un repos absolu.
—L'homme aux petits couteaux ne sait pas ce qu'il dit. Je sens que je dois mourir avant que le soleil monte droit au-dessus des arbres. Et tu crois, visage pâle, que le chef huron voudra bien expirer couché sur le dos, comme une femme, tandis que son ennemi mortel palpitera sous le couteau de mes frères! Ah! tu ne peux point lire dans le coeur d'un vrai Huron si tu crois que le Renard-Noir n'aura pas la force d'aller voir le beau feu rouge manger les chairs et griller les os de la Main-Sanglante!
Joncas essaya doucement de le faire asseoir; mais le Huron lui dit d'un air à fendre le coeur: