—Seul ami qui me restes au monde, est-ce donc toi qui vas m'arracher le bonheur suprême de repaître mes yeux mourants de l'agonie du meurtrier de ma famille!…
Le coureur des bois passa son bras derrière le dos du Sauvage, et, le soutenant ainsi, sortit du fort avec lui.
L'astre du jour se levait radieux et poudroyait à travers les arbres.
—Oh! le bon soleil! murmura le Renard-Noir, et que le dernier de mes jours est beau!
Il y avait, à quelque pas du fort, un tertre d'une vingtaine de pieds de superficie et qui s'élevait de cinq ou six pieds au-dessus du niveau du sol. Cet endroit fut choisi pour le supplice.
Tandis qu'on plantait un poteau sur cette petite éminence, le
Renard-Noir dit aux Hurons:
—Je désire scalper le prisonnier moi-même, ce sera la dernière chevelure que mes mains débiles enlèveront!
Bien qu'on eût murmuré contre lui, lors des désastres de la nation, le chef huron vu sa bravoure et sa qualité de grand chef, jouissait encore d'une grande considération parmi les siens.
On lui fit donc place en le regardant avec curiosité. Car l'état de faiblesse où il semblait être ne paraissait pas devoir lui permettre de scalper la victime.
Le Renard-Noir parut faire un effort suprême et se dégagea du bras de Joncas qui l'avait toujours soutenu. Il fit trois pas vers Griffe-d'Ours, lui cerna la peau du crâne d'un coup de la pointe de son couteau à scalper, saisit la chevelure à deux mains et tira violemment dessus. Mais ses forces le trahirent et il s'affaissa à genoux auprès de sa victime.