Doués tous deux d'une nature ardente et d'une grande intelligence, les époux offraient le spectacle assez rare d'une union bien assortie. Confiants l'un dans l'autre, trouvant l'un chez l'autre ce fonds de dévouement et de tendresse qui existe toujours dans les belles organisations, assez fortunés pour n'avoir jamais à redouter d'être froissés tant soit peu par les étreintes de la gêne, il étaient aussi heureux qu'on le peut être ici-bas.
Commodément assis dans un grand fauteuil, Mornac babillait avec ses enfants.
L'aîné, beau garçon de cinq ans ressemblait, paraît-il, à son grand-père de Richecourt. Il était fièrement à cheval sur le genou droit du chevalier.
Une charmante petite fille de trois ans était assise sur l'autre genou.
Cette figure d'ange était la reproduction parfaite de celle de sa mère.
Elle était si belle que son père ne pouvait s'empêcher de l'embrasser à
chaque fois que son regard tombait sur elle.
Quant au dernier, bambin de deux ans, plein de force et de pétulance, c'était tout le portrait du père. Lèvres minces, nez aquilin, il avait les traits distinctifs des Mornac. Après maints efforts et par de savantes manoeuvres il était parvenu, en se hissant sur le bras du fauteuil, à grimper sur l'épaule paternelle. Assis là fort à son aise, il enfonçait de temps à ses petits doigts roses entre les lèvres du chevalier qui feignait alors de le mordre, au grand plaisir de l'espiègle; ou bien encore il tirait, plus que de raison, les longues moustaches en croc de son père.
Malgré les taquineries du plus jeune, le chevalier racontait aux deux aînés l'histoire de ses aventures avec les Iroquois; mais cette édition était tellement augmentée, amplifiée, embellie que Mme de Mornac, qui avait partagé ces aventures avec son mari, ne les reconnaissait presque plus. Aussi la jeune femme ne cachait-elle pas le sourire un peu moqueur que la verve toujours gasconne, de son mari attirait sur ses lèvres.
L'on vint dire que M. Louis Jolliet désirait présenter, avant que de partir, ses hommages à Monsieur de à Madame de Mornac.
—Faites entrer M. Jolliet, dit le chevalier en déposant, après une dernière caresse, ses enfants à terre.
La porte s'ouvrit de nouveau et Jolliet entra.
Mornac alla au devant de lui, et l'accueillit de la façon la plus cordiale.