Jolliet salua profondément Mme de Mornac. Celle-ci lui offrant la main il la baisa galamment, comme c'était alors l'usage entre personnes intimes.

Lorsque Jolliet releva la tête, ses joues étaient légèrement rougies par la chaleur que ce baiser avait fait monter à son visage.

Mornac et sa femme, qui savaient que Jolliet était quelque peu timide, et qui ne s'étaient jamais doutés un instant de l'amour du jeune homme, crurent que c'était un reste de gêne qui le faisait rougir ainsi, et tous les deux rivalisèrent d'entrain pour le mettre à son aise.

Il faut dire que Jolliet, qui avait d'abord passé deux ans chez les Jésuites, dans une entière réclusion, et qui avait ensuite voyagé la plus grande partie du temps, n'avait pas fait que de très-rares apparitions chez les deux époux.

—J'ai appris aujourd'hui que Monseigneur le comte de Frontenac vous avait chargé d'un grand voyage d'exploration dans l'Ouest, dit Mornac.

—Oui Monsieur le chevalier, je pars ce soir même pour le Montréal.

—Si tôt! Pourquoi n'êtes-vous pas venu nous voir auparavant? Sous savez bien que vous avez plus d'un titre à vous croire de la famille.

—Ah! voyez-vous, réplique Jolliet en s'inclinant, c'est que j'ai été complètement absorbé par mes préparatifs de voyage. Et rappelez-vous que je viens presque d'arriver des pays d'en haut et que je ne suis à Québec que depuis quelques jours. Le Gouverneur s'est décidé tout à coup à me confier cette mission, et comme je dois aller prendre le Père Marquette à Machillimakinac d'où nous nous mettrons en route de très-bonne heure au printemps, pour chercher le grand fleuve de l'Ouest, j'ai pensé qu'il fallait me dépêcher de partir d'ici cet automne, afin de remonter le Saint-Laurent et les lacs avant la saison rigoureuse de l'hiver.

—Vous serez sans doute bien approvisionnés et accompagnés.

—Nous prendrons nos provisions de bouche, du maïs et de la viande séchée, à Machillimakinac. Quant à l'argent, aux instruments et au papier nécessaires pour faire les cartes des endroits que nous visiterons et rédiger notre journal de voyage, le Gouverneur y a généreusement pourvu. Pour compagnons de voyage, outre le père Marquette, j'aurai cinq français, dont l'un n'est autre que notre brave Joncas que est toujours alerte et actif.