—Je ne me suis pas trompée, n'est-ce pas, monsieur le chevalier, vous êtes bien ce parent dont mon pauvre père m'a si souvent parlé?
—Certainement, mademoiselle; j'ai l'honneur d'être votre cousin au second degré, par M. du Portail, dont votre père a porté autrefois le nom avant que Sa Majesté Louis XIII l'eût fait comte de Richecourt. Si nous ne sommes pas connus en France, vous et moi, c'est que j'ai été assez longtemps à l'armée, et que les deux fois que j'ai rencontre feu M. le comte à son château, la dernière dans de bien tristes circonstances, vous étiez au couvent.
—C'est bien cela! murmura Jeanne d'un air rayonnant. Merci à Dieu de m'avoir envoyé celui-là même sur lequel je me puis appuyer en toute confiance! Pardonnez-moi, mon cousin, de ne vous parler que par périphrases; il m'est impossible d'être plus explicite à présent. D'abord nous n'en avons pas le temps, et puis celui de qui j'ai tout à craindre doit m'observer en ce moment.
—Qui donc, ma cousine?
—M. de Vilarme. Méfiez-vous de lui; c'est un monstre que cet homme.
—Oh! je le connais, et peut-être mieux vous encore, ma cousine! Feu M. votre père vous a-t-il jamais parlé de ce Vilarme?
—Non.
—N'importe; sans savoir ce qui vous porte à le haïr, je comprends moi, pauvre enfant! la répulsion naturelle, l'horreur même que vous devez éprouver à sa vue.
—Comment! expliquez…
—Non! pas maintenant, ce serait trop horrible et trop long à vous raconter ici.