—Ce bon Baptiste est pressé, à ce qu'il paraît, dit Mme Jolliet en hâtant le pas.

Comme ils arrivaient sur le rivage, les apprêts de l'embarquement occasionnèrent quelque va-et-vient. Mlle de Richecourt en profita pour dire rapidement à l'oreille de Mornac, car il semblait frémir d'impatience:

—Je vous en prie, mon cousin, ne faites pas maintenant d'esclandre! Laissez ce vilain homme nous accompagner. Nous n'aurions pas pu converser à notre aise dans la chaloupe, en supposant même que ce Vilarme n'eût pas été avec nous. Une fois là-bas, je me charge de le tenir à distance. Je me sentirai forte à côté de vous. Alors nous causerons. Mais d'ici là je vous en supplie!… Et surtout pas de duel! S'il allait vous tuer, je resterais seule et sans défense, moi!

Le long regard suppliant qui les accompagna persuada pour le moins autant Mornac que les paroles de sa belle cousine.

Vilarme n'osait se rapprocher trop brusquement des jeunes gens et ne pouvait les entendre. Mais il fixait sur eux des yeux de vipère.

Au moyen du canot d'écorce, Mme Guillot s'était déjà rendue à bord de la chaloupe, à l'arrière de laquelle elle avait pris place.

—Allons! mademoiselle Jeanne, c'est votre tour! lui cria Joncas.

La jeune fille s'assit dans le canot, afin que le Renard-Noir la transportât à bord de la chaloupe.

Comme le canot d'écorce pouvait encore contenir une personne, Vilarme fit un mouvement pour prendre place avec Mlle de Richecourt. Mais celle-ci dit vivement à Mornac:

—Asseyez-vous ici, mon cousin, devant moi et bien au fond, pour ne point faire chavirer le canot.