SOUVENIRS DU PASSÉ
Lorsque vous sortez du bassin de Saint-Thomas de Montmagny et que vous remontez le fleuve en longeant la côte du Sud, vous apercevez, à peu près une demi-lieue en avant, une humble rivière qui traîne ses eaux vaseuses jusqu'au Saint-Laurent. C'est la rivière à Lacaille près de l'embouchure de laquelle s'élevait jadis le premier village de Saint-Thomas.
De cet établissement primitif que portait le nom de Pointe-à-Lacaille, à peine reste-t-il, à demi enfouies au pied de la falaise, quelques pierres qui firent autrefois partie des murailles de la vieille église bâtie et bénite en 1686, sur un terrain concédé par le sieur Guillaume Fournier au missionnaire de l'endroit, Messire Morel.[25]
[Note 25: Le terrain donné pour y bâtir une église, un presbytère et leurs dépendances, avait trois arpents en superficie. Je trouve ces renseignements dans un manuscrit intitulé «Mémoires touchant la paroisse de St. Thomas, Pointe-à-Lacaille, etc.», et dû aux recherches de feu Messire Robson, autrefois curé de l'île-aux-Grues. D'après M. Robson, l'on donna le nom de St. Thomas à cette église, en considération du premier missionnaire M. Thomas Morel. De là le nom actuel de ma paroisse natale.
Le manuscrit de M. Robson est actuellement en la possession de Mme
Patton, à St. Thomas.]
Le lecteur curieux de connaître l'histoire de la vieille église peut se renseigner en lisant les jolies pages que M. Eugène Renault a consacrées, dans les Soirées Canadiennes de 1864, à ces ruines que les flots rongeurs ont fini par entraîner avec eux dans le lit du fleuve.
Pour moi, comme l'époque où j'ai placé le présent récit me reporte à vingt ans avant la construction de la vieille église, je ne m'occuperai pas d'avantage des souvenirs qui se rattachent à ses ruines. Il me suffira de dire qu'un siècle après l'érection du petit temple de la Pointe-à-Lacaille, les habitants du lieu voyant que les flots avaient depuis cent ans, rongé une douzaine d'arpents de la falaise, et menaçaient d'envahir bientôt la chapelle et les habitations du hameau, abandonnèrent tout-à-fait un endroit si dangereux, et s'en allèrent, à une demi-lieue plus bas, construire une autre église et de nouvelles demeures sur les lieux où s'élève aujourd'hui le grand village de Saint-Thomas. J'allais dire la petite ville de Montmagny, mais j'ai craint que mon titre d'enfant de la place ne me fit taxer d'orgueil.
J'ai déjà dit, je crois, qu'il n'y avait à la Pointe-à-Lacaille, en 1664, que deux ou trois maisons d'assez pauvre apparence. C'est qu'en effet l'établissement commençait à peine, et qu'il devait bien s'écouler une quinzaine d'année, après la venue des premiers colons, lorsqu'on crut devoir y tenir les registres, en 1679.
Selon l'opinion de M. l'abbé Tanguay, et c'est la plus naturelle, le nom qui désignait la Pointe-à-Lacaille, lui vient de M. Adrien d'Abancour dit Lacaille, noyé en 1640 dans les îles situées en face. M. d'Abancour aurait été le premier propriétaire de la pointe et de la petite rivière qui portent encore le surnom de Lacaille.
D'abord la propriété de M. de Montmagny auquel le roi l'avait cédée le 5 mai 1646, (voir Bouchette's Topography of Canada) la seigneurie de Saint-Luc, aujourd'hui Saint-Thomas, appartint ensuite à Noël Morin qui, en 1680 mourut chez son fils Alphonse, lequel s'était établi à la Pointe-à-Lacaille. Leurs nombreux descendants portent le nom de Morin-Valcourt.