—Vous vous trompiez, fit Jolliet sur le même ton.

Les chiens n'aboyaient plus, amis grondaient sourdement.

—Veuillez continuer, chef, dit Jolliet à voix haute pour chasser la crainte qui commençait à saisir les femmes. En supposant qu'il y aurait des Iroquois aux environs, la grande peur qu'ils ont des chiens les forcerait de se tenir à quelque distance de la maison.

Pendant que Mornac à demi tourné vers la fenêtre continuait de regarder négligemment au dehors, le Renard-Noir reprit son récit.

—Nous étions encore à une journée de marche de Teanaustayé ou Saint-Joseph qui était la principale bourgade de la nation et celle que j'habitais avec Fleur-d'Étoile et mes fils, lorsque, mettant pied sur le rivage pour y passer la nuit, nous trouvâmes un pauvre vieux guerrier de notre village. Il était blessé gravement et se traînait à peine. A notre vue il se mit à pousser des gémissements lamentables. «Mes fils, s'écria-t-il, semblent être dans la joie quand ils devraient pleurer!» Nous crûmes que ses esprits s'étaient égarés par suite de l'affaiblissement où il se trouvait. Il s'en aperçut et nous dit: «Pleurez, ô mes fils! pleurez les vieillards de la nation disparus! Teanaustayé n'est plus! Les Iroquois ont brûlé nos cabanes après en avoir surpris et tué tous les habitants! Blessé moi-même j'ai pu m'échapper et m'enfuir jusqu'ici, où depuis plusieurs jours je me traîne en mourant à chaque pas!»

«Un long hurlement de douleur, suivi d'un morne silence, accueillit ces nouvelles horribles.

«Voici ce que le blessé nous apprit quand nos oreilles purent l'écouter.

«Quelque jours auparavant,[37] tandis que le soleil du matin dorait les champs de maïs qui entouraient le village paisible, et que des groupes de jeunes filles babillaient à l'ombre des ouigouams, que les vieilles femmes pilaient le grain dans des mortiers de bois et que les enfants nus se roulaient dans la poussière, pêle-mêle avec les chiens couchés au soleil, un cri de terreur éclata dans le silence où reposait la bourgade.

[Note 37: Le matin du 3 juillet 1648.]

—«Les Iroquois! les Iroquois!