«Je pensai à mes quatre fils qui devaient avoir été surpris et tués à Ataronchronons et mon coeur souffrit horriblement. Dans l'espérance de les sauver s'il était encore temps ou de les venger du moins, je suppliai les guerrier de Tohotaenrat de me suivre pour aller combattre nos ennemis. Ils ne voulurent pas m'entendre et m'accablèrent de malédiction, disant que je leur avais attiré tous ces désastres.

«Je baissai la tête et sortis seul de leur village après avoir demandé à une vieille femme de prendre soin de mon plus jeune fils.

«Saint-Louis était à deux heures de marche au nord de Tohotaenrat. J'avais fait plus de la moitié du chemin, bien décidé à me faire tuer par les Iroquois, lorsque je rencontrai un parti de trois cent guerriers hurons. Ils étaient chrétiens et venaient de la Conception et de Sainte-Madeleine, bourgs situés à l'ouest de Saint-Ignace et d'Ataronchronons. Ils étaient armé pour le combat et se dirigeaient vers Sainte-Marie qui courait de grands périls; ce village n'était qu'à une heure de Saint-Louis.

«A Ataronchronon, nos frères nous apprirent que de Saint-Ignace et de Saint-Louis il ne restait plus que des cendres et des cadavres. Les deux robes noires, Echon et Achiendase, y avaient péri en bénissant l'agonie des nôtres.[40]

[Note 40: Les reliques du Père Brébeuf et du Père Gabriel Lalemant, sont conservé à l'Hôtel-Dieu de Québec, dans une cellule érigée en oratoire. Jusqu'à présent on n'avait aucune donnée sur la manière dont ces restes précieux avaient été recueillis à la bourgade Saint-Louis du pays des Hurons.

Voici, concernant ce sujet, quelques renseignements inédits qui nous sont fournis par M. l'abbé Casgrain. Ils se trouvent dans un manuscrit montagnais et français, appartenant à l'archevêché de Québec, et écrit par le Père François de Crépieul sur les sauvages de la mission de Tadoussac.

—Extrait d'une copie de la circulaire du Père de Crépieul touchant la mort du F. François Malherbe, arrivée au lac Saint Jean, en avril 1696.

«Il nous a été ravi à l'âge de 60 et 9 ans dont il en a passé 42 dans notre compagnie. Sa vocation luy commença dans le pays des Hurons où il estait avec nos missionnaires en qualité d'engagé, lorsque le PP. Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant de Ste. et heureuse mémoire, furent martirisés par les Iroquois le 16 et 17 de Mars 1649, comme il eut l'honneur aussi bien que la charité de nous apporter sur son dow durant 2 lieues les corps grillé et restes de ces religieux martyrs.»

On voit par ce passage que c'est le frère Malherbe qui recueillit ces reliques et les porta au fort Sainte-Marie et les y remit aux PP. Jésuites. Elle y furent conservées et probablement amenées à Québec par le P. Ragueneau qui accompagnait les restes de la nation huronne.]

«Un des fugitifs me dit qu'il avait vu mes quatre fils tomber morts en protégeant les robes noires.