Il était né à Beauport, en 1655, d'un pauvre cultivateur de l'endroit. A douze ans, se voyant l'aîné d'une dizaine de marmots dont le nombre ne paraissait pas devoir en rester là, grâce à la jeunesse[38] de dame Martel et à la vigueur de monsieur son père, Pierre quitta la maison paternelle et alla prendre du service à Montréal chez M. Charles LeMoyne, père de notre héros François de Bienville.

[Note 38: ][(retour) ] Les filles se mariaient alors très jeunes en Canada, et il n'était pas rare de voir en ce temps-là une mère âgée seulement de treize à quinze ans.

Il y demeura jusqu'à l'âge de vingt-six ans, partageant quelquefois les jeux et souvent les escapades des fils aînés de M. LeMoyne, ou berçant sur ses genoux les plus jeunes, à mesure qu'ils arrivaient. Dame! était-il fier aussi, de dire à quiconque voulait l'entendre, qu'il avait couru les bois avec MM. d'Iberville, de Sainte-Hélène et de Maricourt, à l'insu de leurs parents, alors qu'ils étaient trop jeunes encore pour le faire sans un danger inutile. Les larmes lui venaient aux yeux quand il ajoutait qu'il avait maintes fois endormi dans ses bras François de Bienville enfant, en lui chantant une ballade des temps passés.

Au sortir de chez M. LeMoyne, Pierre se fit coureur des bois, par goût d'abord, ensuite par nécessité. Pendant huit ans, il battit les immenses forêts du Canada, des colonies anglaises et de la Lousiane, tantôt chassant, guerroyant, bivouaquant ou dormant sous un ouigouam ami, tantôt poursuivi, traqué, serré de près par les Iroquois, qui le connaissaient tous à la justesse de son coup de feu et à la force musculaire de ses bras puissants.

Mais les lois étant devenues très sévères, en ce temps-là, contre les coureurs des bois, et la famille LeMoyne lui ayant offert une charge de fermier, Pierre accrocha son vieux mousquet dans la cuisine de son ancien maître; c'était en 1689.[39]

[Note 39: ][(retour) ] M. Charles LeMoyne était mort quelques années auparavant.

Un des premiers à s'enrôler l'année suivante, il obtint de servir dans la compagnie de la marine dont M. de Maricourt était capitaine et Bienville enseigne.

Vrai type de ces bons serviteurs d'un temps qui n'est plus, Pierre avait voué un attachement sans bornes à ses maîtres, et ne se sentait heureux qu'autant qu'il les pouvait partout suivre et servir.

Voici maintenant par quelle circonstance il était absent de son poste dans l'après-midi du 18 et qu'il avait assisté à l'engagement qui eut lieu à la Canardière entre les Canadiens et les Anglais.

M. de Frontenac, voulant garder près de lui les Québecquois pour la défense de la place, envoya, comme nous l'avons déjà vu, M. de Longueuil et trois cents hommes de Montréal à la rencontre du major Whalley. Mais comme aucun des premiers ne connaissait la Canardière, ni les abords de la ville, le gouverneur fit demander à M. de Maricourt de vouloir bien lui envoyer Bras-de-Fer, natif de l'endroit, pour guider M. de Longueuil et ses gens; ordre auquel Pierre Martel s'était aussitôt rendu.