Harthing ne demandait pas mieux et il s'efforça de suivre de près le sauvage, qui se dirigeait déjà d'un pas rapide vers la grève de la rivière Saint-Charles. Les épais mocassins qui chaussaient leurs pieds étouffaient le bruit de leurs pas et diminuaient de beaucoup le danger où ils étaient d'être entendus de quelque rôdeur ennemi.
Ils atteignirent la rivière en dix minutes de marche.
Là, Dent-de-Loup s'orienta et se mit à ramper comme un reptile vers un rocher situé à cinquante pas de distance. Il fut satisfait de cette exploration, car il revint bientôt vers Harthing et lui fit signe de le suivre.
Quand ils arrivèrent au rocher, l'Anglais vit un canot d'écorce que le sauvage avait caché dans une anfractuosité du roc. Ils prirent alors sur leur dos la légère pirogue et marchèrent vers l'eau du Saint-Charles, que la marée montante refoulait depuis deux heures dans l'embouchure de la rivière. Mais ils avançaient lentement, car leurs pieds s'enfonçaient à chaque pas dans le terrain mouvant et vaseux que la marée détrempe deux fois le jour.
Enfin la pirogue est mise à flot, et armés chacun d'un aviron, Harthing et Dent-de-Loup rament vigoureusement vers Québec. Bientôt ils abordent sur une plage de sable que les hautes marées recouvraient alors jusqu'à l'endroit que les nombreux piétons de la rue Saint-Pierre foulent maintenant de leurs pas affairés.
Ils se glissent ensuite en tapinois au pied du cap, après avoir mis leur canot hors des atteintes de la marée. Mais ils n'ont pas fait trente pas, que Dent-de-Loup saisit son compagnon par le poignet et le force à s'arrêter.
C'est qu'on avait opéré des changements depuis le dernier passage de l'Iroquois en cet endroit; car M. de Frontenac avait fait établir une barricade à l'entrée de la rue Sault-au-Matelot, afin de prévenir une descente des ennemis sur ce point. Les trente hommes qui gardaient ce poste avaient converti en corps de garde une maison avoisinante; et, tandis que les autres reposaient, un factionnaire veillait sur la barricade.
--Par les cinq cent mille diables! se dit Harthing, tous les obstacles vont donc surgir devant moi au moment même où le succès paraissait me sourire! Est-ce un dernier avertissement que m'envoie le ciel? Oh! qu'importe alors! car si je risque tout, l'enjeu en vaut la peine.
--La tanière des loups est difficile à approcher, murmura le Chat-Rusé à son oreille.
--N'y a-t-il pas quelque moyen de passer?