--Un seul; mais j'ai bien peur qu'il ne nous soit funeste, si les bons manitous nous sont contraires.

--Peste soit de tous les manitous passés, présents et futurs! pensa le lieutenant. Et s'adressant au sauvage:

--Je suis prêt, dit-il; tentons le destin!

--Que mon frère me suive, alors, lui répondit l'Iroquois.

Et il rétrograda d'une vingtaine de pas, puis grimpant sur le flanc du cap, il fit un détour afin de passer au-dessus de la barricade.

La pente du roc en cet endroit est très rapide; aussi se figurera-t-on le danger que couraient les deux aventuriers. Harthing suivait intrépidement Dent-de-Loup, s'accrochant comme lui à toute saillie de rocher qui se rencontrait sous sa main, se cramponnant aux arbustes et aux racines, qui semblaient quelquefois céder sous la pesanteur du poids de ceux qu'ils retenaient suspendus à vingt-cinq pieds au-dessus de la rue.

Deux fois l'Iroquois, qui ne perdait pas de vue la sentinelle, crut remarquer que le bruissement des feuilles sèches foulées par ses genoux et par ceux du lieutenant, et le craquement des racines sous leurs nerveuses étreintes, attiraient l'attention du factionnaire. Mais, soit que ce dernier fût inattentif ou que ces bruits vagues se perdissent dans la forte brise qui se jouait sur les feuilles et les branches mortes, soit même que Dent-de-Loup se fût trompé, Harthing et lui tournèrent ce dangereux obstacle, sans que leur passage eût été remarqué.

Lorsqu'ils redescendirent dans la rue, à cent pas en deçà de la barricade, Harthing s'arrêta un moment pour respirer, et, s'adressant à son compagnon:

--Eh bien! que pense le chef de son frère au visage pâle? Croit-il que je puisse marcher avec un peau-rouge dans le sentier de la guerre?

--Le visage pâle est en effet brave et agile; mais qu'il me dise donc comment il s'y serait pris pour apporter jusqu'ici ce baril et ces liens.