Comme Marie-Louise terrifiée ne peut rien répondre, Harthing continue, mais d'un ton plus sérieux:

--C'est que, voyez-vous, mes sentiments sont de ceux que l'absence ne saurait tuer. Ainsi, tel j'étais quand nous nous séparâmes là-bas, tel vous me revoyez encore.

--Eh bien! monsieur Harthing, sachez aussi que mes dispositions à votre égard n'ont pas plus changé que les vôtres, repart la jeune fille, à qui la gravité de la situation rend en partie l'énergie que la seule surprise lui avait enlevée.

--O Marie-Louise! ne vous hâtez pas de vous perdre en me perdant aussi! s'écrie Harthing, qui s'avance avec un geste moitié suppliant et moitié menaçant.

--Vous oubliez, je crois, monsieur, qu'outre l'inconvenance de vous introduire chez moi à pareille heure, il y a lâcheté de votre part à menacer une femme seule et sans défense!

--Mademoiselle, le temps presse et ne doit pas être perdu en vaines déclamations! Je vous aime, vous le savez; et pour vous posséder, l'enfer serait-il béant devant moi, j'y sauterais à pieds joints, pourvu que je pusse rouler avec toi dans l'abîme en te serrant sur mon cœur! Tu vois donc que cet amour est un sûr garant de ton bonheur, si tu consens à partager mon sort... Marie-Louise d'Orsy, voulez-vous être ma femme?

--Plutôt mourir! répond la jeune fille indignée.

--Alors, mademoiselle, je suis forcé, bien qu'à regret, de vous annoncer qu'il va falloir me suivre de gré ou de force!

--Monstre! je te méprise autant que je te hais!

Et, belle comme Junon courroucée, la fille du baron d'Orsy foudroie l'Anglais du regard.