Harthing fait un pas... Mais au même instant la fenêtre s'ouvre avec une violence extrême, et un homme tombe comme un boulet au milieu de la chambre, en criant:

--Damnation!

C'est Bienville, lui que Boisdon vient de voir s'arrêter près de la demeure du lieutenant d'Orsy.

On se souvient que Bienville avait quitté seul le quai de la Reine pour revenir à la haute ville. Assiégé de mille inquiétudes au sujet de sa fiancée, il avait pris à la hâte le chemin de la demeure de Marie-Louise. Il n'était plus qu'à vingt pas de la maison, lorsqu'il vit deux ombres sortir du sol et bondir à l'intérieur de l'habitation de son amie, en forçant une des croisées qui donnaient sur la rue.

Il accourt, approche ses yeux ardents de la fenêtre que l'on a vitement refermée, et voit John Harthing auprès de sa fiancée, dont la pâleur atteste l'effroi. Il va s'élancer, cédant au premier mouvement de son cœur; et pourtant la réflexion lui venant en aide, il se contient et attend.

Mais lorsqu'il a vu son rival abhorré prêt à porter sur Marie-Louise des mains violentes, il rugit, bondit et tombe dans la maison l'épée au poing.

--Ah! attends un peu, infâme! s'écrie Bienville d'une voix étranglée par l'exaspération; nous allons voir si tu peux aussi bien manier l'épée que violenter une femme. Oh! oh! je te tiens enfin, misérable!

--Pas encore, mon cher monsieur! répond Harthing avec un ricanement satanique. Et, sans prendre la peine de dégainer, il fait un signe à Dent-de-Loup.

Celui-ci, que François n'a pu voir en entrant, saisit ce dernier par derrière, le terrasse, et, avec l'aide de l'Anglais, il garrotte et bâillonne Bienville avant même que celui-ci ait eu le temps de porter un seul coup de pointe à ses ennemis.

La vieille Marthe veut appeler au secours; elle se lève, jette un cri sourd et tombe évanouie de frayeur.