Louis, précédant ensuite les soldats et quelques curieux attirés par un bruit inusité dans la rue, entre dans la cuisine qu'il traverse, et se dirige vers la seconde chambre.

Quand ils ont pénétré dans la grande salle, la projection de la lumière que tient d'Orsy s'étendant jusqu'au fond de l'appartement, ils aperçoivent une femme et un homme qui, couchés par terre à quelque distance l'un de l'autre, ne donnent aucun signe de vie.

D'Orsy s'avance avec circonspection d'abord, puis se précipite vers l'homme étendu sur le plancher. Celui-ci remue vivement les yeux, mais sans pouvoir articuler un seul mot, vu qu'une poire d'angoisse lui distend violemment les mâchoires et lui obstrue la bouche. D'Orsy le débarrasse aussitôt de ce bâillon.

L'autre pousse alors un grand soupir et reprend haleine avec la même volupté qu'un plongeur revenant à la surface de l'eau.

--Ah! dis-moi, Louis, s'écrie Bienville, dois-je en croire mes oreilles? Il m'a semblé entendre la voix de Marie-Louise. Serait-il donc vrai qu'elle aussi fût sauvée?

--Tiens, regarde et que tes yeux persuadent tes oreilles.

--François! s'écrie Mlle d'Orsy, qui n'écoute que son amour et s'élance vers son fiancé.

--Marie-Louise! Oh! merci, mon Dieu! dit Bienville, et il fait un effort inutile pour se relever, garrotté qu'il est encore.

Ses liens tombent en un moment sous des mains empressées.

Cependant l'une des personnes présentes laisse échapper un cri d'horreur après s'être approchée de la vieille Marthe. On se retourne, on accourt, et la pauvre femme apparaît affreusement mutilée: l'os de son crâne est nu et sanglant.