--Je le soupçonne fort d'avoir aidé à l'accomplissement des projets sataniques de John Harthing. Un boulet dirigé par Dieu est venu déloger Boisdon du pied de la muraille près de laquelle il s'était blotti, et du même endroit d'où j'ai vu s'élancer Marie-Louise et son ravisseur.

--Et c'est sur Boisdon qu'a tiré l'un des soldats de la patrouille avec laquelle vous reveniez de la basse ville? demanda le gouverneur.

--Oui, monsieur le comte.

--Cet homme est-il mort?

--Je ne sais pas; mais il est facile de s'en assurer, vu qu'il est encore dans la pièce voisine où j'ai eu soin de le faire transporter.

Un gémissement prolongé se fit entendre de la cuisine.

--Le voilà qui donne signe de vie, dit le comte à voix basse. Il faut essayer de le faire un peu parler. Tandis que je resterai dans l'ombre, interrogez-le, de manière à ce qu'il fasse des aveux.

Jean Boisdon gisait près de la porte d'entrée; une mare de sang fraîchement répandu et qui tachait le plancher auprès de son corps, témoignait de la gravité de sa blessure.

A peine Bienville et d'Orsy se furent-ils approchés du blessé, que ce dernier ouvrit des yeux grands de terreur, se souleva sur le coude et les regarda fixement. Se laissant ensuite retomber en arrière, tandis que ce mouvement lui arrachait un cri de douleur, il joignit les mains et s'écria:

--Pardon! messieurs, pardon! ne me tuez pas! ne me dénoncez pas et je vous avouerai tout!