Louis et François échangèrent un regard.

Boisdon, qui suivait leurs mouvements, saisit ce geste et redoubla ses supplications.

--Grâce! monsieur d'Orsy! pitié, monsieur de Bienville! J'ai de grands torts envers la jeune demoiselle et vous deux; je le sais, je le confesse. Mais pardonnez-moi, car j'en suis bien puni!

--Hein! fit Louis à François, que penses-tu maintenant de ton sauveur?

--Misérable! dit Bienville à Boisdon, la Providence, qui s'est chargée de déjouer les complots tramés par nos ennemis et toi, n'a pas voulu que tu échappasses au châtiment que tu mérites. Ecoute, nous te tenons en notre pouvoir; tu as comploté notre perte; en retour, nous avons le droit de te sacrifier à une vengeance légitime. Mais comme nous dédaignons de descendre au rôle de bourreau, nous n'avons qu'un mot à dire aux autorités. Déjà nous avons des preuves assez convaincantes de ta culpabilité pour que ta mort soit certaine.

--Mes bons messieurs!....

--Ecoute-moi donc! Il ne te reste plus qu'à tâcher de mériter notre clémence par des aveux sincères. Dis-nous tout ce qui concerne l'enlèvement de Mlle d'Orsy; et ne va pas mentir! Tu sais que je suis le fiancé et M. d'Orsy le frère de cette demoiselle, et que nous serons inexorables. Dis donc la vérité; car, pour ma part, je suis homme à te faire rentrer dans la gorge, avec la pointe de cette épée, le premier mensonge que tu voudras nous faire.

--Ah! je vous dirai tout, s'écrie l'hôtelier.

Sans attendre aucune interrogation, il se mit à raconter la part active qu'il avait prise à l'évasion de Dent-de-Loup, et fit le récit de ses machinations avec l'Iroquois, puis de sa participation au complot tramé contre la famille d'Orsy. De temps à autre, un gémissement, un cri de douleur causé par sa blessure, entrecoupait sa narration.

Quand il eut fini, d'Orsy lui dit d'une voix brève: