Whalley n'était pas à la tête des troupes de terre. Il se trouvait en ce moment à bord du vaisseau amiral, où il était allé le matin, de bonne heure, "communiquer à Phipps le résultat du conseil de guerre tenu la veille par les officiers de l'armée de terre; car ces derniers regardaient l'entreprise comme trop hasardeuse, et concluaient qu'il valait mieux l'abandonner à cause de l'état avancé de la saison."[57]
[Note 57: ][(retour) ] Voir aussi le journal du major Whalley.
Nonobstant l'absence de leur commandant, les ennemis voulurent tenter une dernière attaque; et après avoir crié durant toute la matinée: Vive le roi Guillaume! sans doute pour se remonter un peu le moral, ils se mirent en marche et se rapprochèrent de la rivière Saint-Charles, vers deux heures de l'après-midi.
Les Anglais, au nombre d'au moins douze cents, longeaient la rivière en toute sécurité, lorsque soudain, au détour d'un petit bois qui se trouvait sur leur droite et à l'endroit même où est aujourd'hui la ferme de Maizerets, deux cents coups de feu partirent en crépitant du fourré où les hommes de M. de Longueuil s'étaient postés en embuscade.
--Forward! crie le commandant ennemi.
--Feu! ordonne M. de Longueuil, quand les Anglais ne sont plus qu'à cinquante pas.
Et cette seconde décharge, plus meurtrière que l'autre, s'en va semer la confusion et la mort dans les rangs des ennemis, qui commencent à se débander.
Harthing, désirant dissiper les soupçons qui planent sur lui, se tient en avant de sa compagnie, qu'il encourage de l'exemple et de la voix. Quand il s'aperçoit que ses soldats commencent à plier, il se retourne tranquillement vers eux; et là, exposé au feu des Canadiens, calme comme sur un champ de parade, il reçoit trois balles dans ses habits, tandis qu'il s'efforce de rallier ses gens.
C'est qu'il était aussi brave que violent.
Dent-de-Loup se tient à côté de lui, le mousquet en joue et prêt à faire feu sur le premier des Canadiens qu'il verra; car ces derniers sont restés couchés dans les broussailles.