Quand le chirurgien fut parti, Marie-Louise s'en alla dans sa chambre, où elle s'enferma. Puis s'affaissant sur son lit, ce lit de jeune fille, muet témoin de ses rêveries et de ses premiers pensers d'amour, elle fondit en larmes.

--O mon Dieu! dit-elle, soyez mille fois béni d'avoir exaucé ma prière, et ne vous irritez pas d'un chagrin dont ma faiblesse est seule cause. Ce n'est pas mon sacrifice même qui m'arrache ce tribut de pleurs payé à la nature, mais bien plutôt la soudaineté qui m'a fait l'accomplir... Oui! vous êtes témoin, Seigneur, que pour conserver la vie à mon frère, je suis encore prête à immoler mon amour. Et pourtant vous seul pouvez savoir ce qu'il m'en a coûté, ce qu'il m'en coûte encore pour rompre avec ce bonheur dont j'avais tant souhaité la venue!... Ah! mon Dieu! je ne croyais pas l'aimer autant!... Mais loin de moi ces pensées. Puisque j'ai eu la force de songer au sacrifice, il me faut avoir, en outre, celle d'en braver l'accomplissement!

Alors, elle se laissa glisser les deux genoux en terre, et levant vers le ciel des yeux où les pleurs semblaient protester contre ses paroles:

--Mère de douleurs, veuillez donner à mon pauvre fiancé...--mon Dieu! c'est la dernière fois que je lui prête ce nom si doux!--veuillez lui donner la résignation que je vous demande pour moi-même. Que tout le poids de la douleur retombe sur moi seule! Et lui, qu'il soit heureux avec une autre... comme j'aurais pu l'être avec lui!.......................... .............................................................

Quand elle revint dans la chambre de son frère, Bienville s'approcha de la jeune fille d'un air joyeux.

--Marie-Louise! dit-il en s'emparant d'une main qui se retira doucement de la sienne, Marie-Louise, ce nuage de malheur qui a paru plusieurs fois devoir crever sur nos têtes, disparaît enfin à l'horizon. Les desseins pervers de nos ennemis sont anéantis avec eux. Plus de craintes ni de larmes! A nous la joie, car l'avenir est à nous!

--L'avenir n'est qu'à Dieu seul! répondit Marie-Louise, dont le cœur se serra comme sous l'étreinte de la mort.

CHAPITRE XVII

JOIE ET DEUIL.