Quant à son air, il était fier et conquérant, notre gentilhomme portant haut le regard et la moustache qui se relevait crânement aux coins de sa bouche souriante.
Comme il débouchait dans la rue Buade, il se trouva face à face avec le sieur d'Hertel, que le gouverneur faisait mander en son château pour le féliciter de sa belle conduite durant le siège.[71]
[Note 70: ][(retour) ] Le goût des riches habit était très en vogue en Canada dès l'époque dont nous parlons. Voyez ce que La Hontan dit à ce propos. Nos gentilshommes s'efforçaient de copier les grands seigneurs de France, dont le luxe à ce sujet allait jusqu'à la folie. Ne vit-on pas, par exemple, le vaniteux et beau Bassompierre donner cent mille francs pour un seul habit à l'occasion du baptême de Louis XIII?
[Note 71: ][(retour) ] "Deux des chefs canadiens furent anoblis pour leur bravoure: M. Hertel, qui s'était distingué à la tête des miliciens des Trois-Rivières, et M. Juchereau de Saint-Denis." (M. Garneau.)
--Eh! sur mon âme! cher Bienville, dit celui-là, comme vous voici superbe! Est-ce qu'Amour vous tend les bras? comme dirait là-bas M. de La Fontaine.
--Ce doit être quelque chose d'approchant, répondit Bienville, confiant comme on l'est à son âge. Car vous savez, mon cher, qu'un militaire se fait beau pour sa maîtresse[72] ou pour la bataille. Or, comme la guerre est finie......
[Note 72: ][(retour) ] On sait par nos chansons populaires que le mot maîtresse était alors en Canada le synonyme de fiancée.
--J'avais raison! n'est-ce pas? Allons! bonne chance, mon amoureux!
--Et vous de même, mon ami.
Toujours leste et pimpant, Bienville dévora la courte distance qui le séparait de la demeure de Louis d'Orsy, où il entra le cœur à rire, ainsi qu'il est dit dans "La claire fontaine."