--Leur départ me remet quelque chose en mémoire, dit François à Marie-Louise. Avez-vous souvenance, mademoiselle, de cette bien douce conversation que nous avions entamée, lorsque l'apparition de l'Iroquois y vint mettre un terme? C'était, je crois, le soir de mon arrivée de Montréal.
--Oui, monsieur, répondit Marie-Louise, mais à voix si basse, que cette réponse effleura ses lèvres comme un souffle.
Et le sang lui afflua si vite à la figure, qu'elle se pencha vivement sur son ouvrage pour cacher sa rougeur.
Bienville prit cette émotion subite pour l'effet que devait produire la demande suprême qu'il allait faire. Aussi continua-t-il, mais d'une voix légèrement émue:
--Je vois bien, Marie-Louise, que votre mémoire est aussi bonne que la mienne, mais que votre bouche, seulement, est trop timide pour en oser traduire les impressions; je répéterai donc ce que je vous dis alors. Ecoutez-moi bien et dites-moi si ce ne sont pas les mêmes paroles? "Je désire vous voir porter mon nom, aussitôt que nous aurons repoussé l'Anglais." Est-ce bien cela?
Au lieu de la réponse, ou du moins de l'aveu tacite qu'il attendait de sa fiancée, il vit la jeune fille pâlir, tandis que deux grosses larmes jaillissaient de ses yeux.
Un chaud rayon de soleil qui pénétrait en ce moment par la fenêtre, se joua sur ces larmes qui brillèrent comme deux diamants.
La surprise de Bienville augmenta pourtant encore, lorsque Marie-Louise cacha sa tête entre ses deux mains, et que des sanglots redoublés agitèrent son sein de mouvements convulsifs.
--Est-ce donc là l'effet qu'une demande en mariage a coutume de produire sur les jeunes filles? dit-il en se tournant vers d'Orsy.
Celui-ci baissa la tête et ne répondit pas.