Lorsqu'il descendit le monticule que dominait le château, des feuilles desséchées, tombées des quelques arbres de la place d'armes, tourbillonnaient au vent sur la terre durcie par la gelée.
Pour éviter de passer devant la maison de Louis d'Orsy, il traversa la place d'armes et s'engagea dans la rue Sainte-Anne, qu'il tourna, pour descendre sur la grande place, en longeant l'église des Jésuites.
Il allait y déboucher quand il s'arrêta et pâlit. Il venait de voir Marie-Louise et son frère qui descendaient la rue de la Fabrique en compagnie de quelques amies de Mlle d'Orsy. Voyant le petit groupe disparaître au bas de la rue de la Fabrique et à l'angle du collège des Jésuites, il suivit de loin Marie-Louise. La peine atroce qu'il ressentit ne fut pourtant pas sans charmes, puisqu'il continua d'avancer derrière la jeune fille.
Celle-ci tourna le coin de la rue "des Pauvres" ou du Palais, dans laquelle elle s'engagea. Toujours à distance, François vit que sa fiancée se dirigeait vers la porte du parloir de l'Hôtel-Dieu.[77]
[Note 77: ][(retour) ] Cette porte ouvrait alors sur la rue du Palais et dans l'enfoncement de "la cour de la ménagerie," comme on le peut voir sur un plan du terrain et des bâtisses de l'Hôtel-Dieu, tiré en 1748 par M. Noël Levasseur, arpenteur.
Caché, comme un malfaiteur, par l'angle du mur, Bienville vit s'ouvrir la lourde porte du cloître. Un instant le gracieux profil de Marie-Louise se dessina sur la pénombre de l'intérieur, et puis la jeune fille disparut pour toujours à ses yeux.
Il entendit la porte se refermer avec un bruit sourd qui parvint à son âme, funèbre comme le dernier tintement du glas d'un mort aimé.
Marie-Louise allait célébrer avec Dieu ses éternelles fiançailles.