Cette voix était celle de Marie-Louise.

Miseremini mei, chantait-elle d'une voix suave, miseremini mei, saltem vos amici mei.

De profundis clamavi ad te, Domine, Domine, exaudi vocem meam, chantèrent les voix du chœur.

Du fond de l'abîme de ma douleur, je crie vers vous, ô mon Dieu! murmura Bienville.

Et Marie-Louise répéta:

Miseremini mei, saltem vos amici mei.

Tandis que le chant de la soliste et de ses compagnes continuait d'alterner ainsi, les porteurs enlevèrent le cercueil qui contenait les restes de Sainte-Hélène et sortirent de l'église en prenant le chemin du cimetière, situé tout à côté.

Les parents et la foule suivirent en silence, et le cortège se déroula lentement jusqu'au champ des morts.

Quelques flocons de neige tombaient doucement sur la terre froide.

La lune dormant encore sous l'horizon, la seule lumière des étoiles tempérait les ténèbres, avec les farandoles lumineuses et mobiles d'une aurore boréale qui brillait au ciel. Ces vaporeuses clartés couraient disséminées dans l'espace, et le silence était si profond sur la ville entière, qu'on entendait leurs mystérieux frizelis. On aurait dit le bruissement d'armes et de pas d'une aérienne armée de preux qui seraient venus au-devant de l'âme du guerrier mort, pour l'escorter au ciel.