Dans l'après-midi du 26 juin 1691, M. de Vaudreuil y fut rejoint par le capitaine de La Mine, qui épiait, à la tête d'un détachement, certain parti d'Iroquois qui s'était logé à Repentigny dans une des maisons que la fuite des habitants du lieu avait laissées vacantes.
Les deux commandants tinrent conseil et décidèrent que, aussitôt la nuit tombée, les deux corps réunis en un seul marcheraient sur Repentigny, pour y surprendre les Iroquois dans leur sommeil.
Quand le sieur de La Mine avait rencontré le détachement du chevalier de Vaudreuil, il s'était empressé de donner à Bienville une lettre écrite par Louis d'Orsy. Des Canadiens qui se rendaient en canot de Québec à Montréal, avaient remis cette missive au sieur de La Mine, qui leur avait dit devoir bientôt rencontrer le jeune Le Moyne; car il savait que ce dernier avait pris du service sous M. de Vaudreuil, qu'il s'attendait à rencontrer d'un moment à l'autre.
"Mon cher Bienville," disait la lettre du lieutenant d'Orsy, "je n'ai pu t'écrire avant ce jour, vu que les communications ont été interrompues depuis ton départ entre Montréal et Québec. Ne m'accuse donc pas de négligence si les bonnes nouvelles que contient la présente ne te sont point parvenues plus tôt."
Ces derniers mots firent bondir le cœur de François.
"Sache donc, mon ami, que monseigneur de Saint-Valier s'oppose à l'entrée en religion de Marie-Louise, parce qu'elle s'est fiancée à toi."
Bienville eut un éblouissement qui, pendant quelques minutes, l'empêcha de continuer sa lecture.
"Or, ma sœur veut t'écrire à ce sujet pour que tu rompes toi-même l'engagement qui subsiste entre vous deux. Comme tu vois, elle est opiniâtre à l'excès dans ses résolutions. Ce n'est pourtant pas qu'elle ait une vocation irrésistible pour le cloître; elle prétend seulement que, quand bien même monsieur l'évêque[79] la relèverait de son vœu, elle ne saurait jamais consentir à se marier. Elle dit que ce serait vouloir tenter Dieu que de fausser ainsi la promesse qu'elle lui a faite, et qu'il arrivera certainement un malheur si on veut l'empêcher d'accomplir son vœu. Mais garde-toi bien de croire ces balivernes! Résiste hardiment, l'évêque est pour toi. Quant à ces vaines craintes de Marie-Louise, Dieu est trop bon, vois-tu, pour vouloir empêcher de s'aimer deux cœurs comme les vôtres et pour les en punir. Puisqu'il a fait l'amour, que diable! c'est, j'imagine, pour le plus grand bonheur de l'humanité.
[Note 79: ][(retour) ] C'est ainsi qu'on disait alors.
"Aussi vais-je en user moi-même, je te l'annonce. Je me marie dans deux mois avec...... Mais je préfère réserver cette confidence et ne te la faire que lorsque tu seras descendu à la capitale. Car je pense bien que tu vas nous arriver bientôt. Alors, en avant joie et noces, et vivent nos enfants ......futurs!