--Chevalier, dit-il en tenant la lettre ouverte sous les yeux de Crisasy, lisez avec moi, car je veux m'assurer que ma vue ne m'a pas trompé.

--Mlle d'Orsy sort du couvent! vous allez vous marier! Vive Dieu! mon cher, mais laissez-moi serrer cette loyale main pour vous féliciter du bonheur imprévu qui vous arrive. Car n'est-ce pas que vous allez suivre les conseils de votre ami?

--Dame!

--Mais parbleu! mon bon, vous n'irez pas, j'imagine, tourner le dos au bonheur alors qu'il vous tend les bras! Ta! ta! mariez-vous, Bienville, pour redevenir, vous maintenant si triste, notre joyeux compagnon d'armes d'autrefois, et pour voir "les enfants de vos enfants," comme il est dit dans cette messe que les jeunes époux, ce me semble, doivent trouver bien longue.

--Franchement, chevalier, me conseillez-vous de ne pas écouter les scrupules de Mlle d'Orsy et de hâter notre mariage?

--Ah! la bonne farce! Voyez un peu, Bienville, comme le bonheur vous rend déjà cet entrain des jours passés. Mais, badinage à part, considérez donc comment l'évêque les traite lui-même, ces scrupules de jeune fille. Et vous voudriez être plus sévère que lui?

--Je crois que vous avez raison. Eh bien! oui, vive la joie! je me marie! Et vous, chevalier, vous serez mon gentilhomme d'honneur, si ce n'est pas trop vous demander.

--Morbleu! mais c'est moi qui suis honoré d'être le témoin officiel de votre bonheur!

--Messieurs, dit en ce moment un volontaire qui salua les deux gentilshommes, notre commandant, M. le chevalier de Vaudreuil, vous fait mander au presbytère, où il tient son quartier général.

--C'est bien, Pierre, nous y allons, répondit Bienville à Pierre Martel.