Pierre prit son jeune maître dans ses bras et l'emporta hors du champ de bataille.

--Par la mordieu! brûlons-les! cria le chevalier de Vaudreuil. Allons! mettez le feu à la maison et que ces bandits y meurent comme des chiens![82]

[Note 82: ][(retour) ] Charlevoix, tome II, p. 95.

Cependant Bras-de-Fer avait déposé Bienville en arrière d'un gros arbre qui protégeait le blessé contre l'atteinte des balles.

Le soleil était encore sous l'horizon, mais il faisait déjà jour et les reflets rosés de l'aurore venaient animer la figure de Bienville qui sans cela aurait paru terriblement pâle.

--Ne pleure pas... mon bon Pierre, disait le jeune homme à Bras-de-Fer, qui sanglotait en se rongeant les poings. Je sens bien... que je m'en vais... Que veux-tu?... c'est le sort d'un soldat... Mieux vaut encore... cette blessure... que l'autre... Tu feras... mes adieux... à ma bonne mère... à mes frères aussi... Tourne-moi donc... de ce côté.

Et le blessé étendit son bras gauche dans la direction de Québec.

Avec toutes les précautions d'une mère pour son enfant qui dort, Bras-de-Fer le souleva et se rendit à son désir.

La figure du jeune homme resplendit d'une céleste expression quand ses regards purent plonger au loin sur le fleuve qui roulait majestueusement ses grandes eaux vers la capitale.

On put ouïr, à cet instant, un chant étrange et sauvage qui semblait ébranler les pans de la maison en flamme.