"L'Iroquois est brave; il meurt en riant!" hurlait le chœur.

Une voix puissante, celle de Dent-de-Loup, continuait seule:

"En ai-je couché des faces pâles sur le sentier de la guerre! Mon bras s'est lassé à les tuer et mon œil à les compter! Je n'en sais plus le nombre! Les scalps des blancs garnissent le ouigouam du chef en si grand nombre, qu'ils arrêtaient la pluie qui en pénétrait la toiture dans les journées d'orage."

Et le chœur reprenait:

"L'Iroquois est brave; il meurt en chantant!" Mêlé aux craquements du bois que la flamme étreignait, ce chant de mort était terrible.

Le chevalier de Crisasy et M. de Vaudreuil s'approchèrent de Bienville.

Celui-ci, qui avait encore la force de leur sourire, n'eut pourtant pas celle de leur tendre la main.

Ses deux amis ne pouvant cacher les larmes qui ruisselaient sur leurs joues:

--Ne me pleurez pas, leur dit-il. Nous nous retrouverons... là-haut... Donnez-moi... la croix d'or... là, sur ma poitrine.

Crisasy entr'ouvrit le justaucorps et la chemise de Bienville, dont les yeux brillèrent d'un dernier éclat en voyant une petite croix que Marie-Louise lui avait donnée en retour de l'anneau des fiançailles. Il la saisit d'une main nerveuse et la pressa sur ses lèvres qui se crispèrent après avoir laissé tomber ces derniers mots: