--Comment voulez-vous que je ne le sois pas, lorsque je vous sais toujours exposé? répondit-elle, tandis qu'une larme perlait au bord de ses longs cils. A peine arrivez-vous de la baie d'Hudson, d'où je tremblais qu'on m'apportât chaque jour la nouvelle horrible de quelque malheur, et voici qu'il me va falloir passer encore par toutes les angoisses qui ont déchiré mon cœur depuis que je vous aime.

--Vous êtes une enfant, Louise, avec vos terreurs puériles. Vous voyez bien que la Providence me protège, puisque, depuis huit ans que je guerroye de côté et d'autre, je n'ai reçu aucune blessure sérieuse.

Marie-Louise secoua sa belle tête d'un air de doute, ce qui fit s'échapper de son œil cette larme que nous y avons aperçue.

François, l'ayant vue glisser sur la joue subitement pâlie de la jeune fille, puis retomber sur sa main mignonne, saisit les doigts de sa fiancée, et les portant à ses lèvres, il but dans un long baiser cette première larme que l'amour jetait entre eux.

--Que voulez-vous, mon amie, reprit-il en caressant la jeune fille du regard, le soldat se doit à son pays et à son roi. Est-ce que vous me voudriez voir quitter le service?

--Oh! non, cher ami--et Marie-Louise mit ses deux mains dans celles du militaire--oh! non, François. Car je vous aime tel que vous êtes aujourd'hui, avec votre bravoure, vos beaux faits d'armes, et cette grande épée que vous portez si bien. Mais pourtant......

--Voyons, ne pleurez plus, Marie-Louise, ou sinon, je ne vous ferai pas certaine confidence que j'avais réservée pour la fin de la soirée.

--Oh! dans ce cas, c'est fini, dit-elle en imprimant à sa tête un de ces mouvements coquets dont les femmes ont seules le secret. Eh! dites donc!

--C'est que je veux vous voir porter mon nom aussitôt que nous aurons repoussé l'Anglais; ce qui, à mon avis, ne prendra pas plus d'une quinzaine.

--Dieu! quel bonheur!...