--Ah! vous êtes M. Boisdon? dit le militaire en relevant son mousquet.
--Oui, monsieur.
--Monsieur Jean Boisdon l'hôtelier?
--Oui, monsieur... pour vous servir.
Le soldat, ne voyant rien de menaçant dans la contenance et la mine de l'aubergiste, fit faire un tour à la clef qui était demeurée dans la serrure, et ouvrit la porte à notre curieux, tandis qu'il se retirait un peu en arrière.
Le marmiton, qui avait probablement vu plus d'une fois l'homme des bois, ne jeta qu'un regard distrait dans la chambre du captif, et s'en retourna éplucher ses choux.
Alors Boisdon fit un pas, puis deux en avant, mais sans se presser. La cause de cette lenteur calculée, c'est que notre homme avait presque un aussi grand faible pour la vie que pour son argent. Et, comme les sauvages du temps jouissaient, en Canada, d'une fort mauvaise réputation, l'hôtelier frissonnait à la seule pensée de recevoir sur le crâne un coup furtif de tomahawk. Car la porte n'était qu'entr'ouverte et ne lui permettait pas encore de voir l'Iroquois.
Cependant, comme aucun bruit ne se faisait entendre à l'intérieur, et qu'il avait honte de montrer autant d'hésitation devant la sentinelle, Boisdon fit encore un pas qui le mit en vue du sauvage.
Ce dernier était accroupi sur un matelas au fond de sa prison. Les deux coudes appuyés sur ses genoux, il songeait. Telle était sa préoccupation ou son apathie, que ce fut à peine s'il daigna d'abord donner un coup d'œil à ce nouveau visiteur. A la nouvelle de la capture du sauvage, un grand nombre de personnes étaient venues le voir par curiosité; ce qui explique l'indifférence de Dent-de-Loup et la condescendance de la sentinelle à laisser Boisdon regarder l'Iroquois.
La première pensée de l'avare fut de regarder aux oreilles du prisonnier; et ce qu'il vit alors lui arracha, malgré lui, un petit cri de surprise.