--Bah! fit-il d'un air de doute, quelque morceau de cuivre!

--Oui, du cuivre! allez voir un peu, monsieur Boisdon, et vous me direz après si vous n'en voudriez pas quelques jointées de ce cuivre-là. D'autant plus que le gaillard a bien su, paraît-il, le cacher aux soldats sur la route; et ce n'est que depuis son arrivée au château que l'Iroquois a remis ses pendants d'oreilles. Il sait, voyez-vous, qu'il est sous la protection du gouverneur.

--Je voudrais bien voir ça, dit l'hôtelier d'un air à moitié convaincu.

--Quoi, ça? l'or ou le prisonnier?

--Oui, l'or... c'est-à-dire le sauvage.

--On va vous les faire voir. Holà! Moutonnet, arrive ici, cria-t-il à un aide qui s'occupait dans un coin à chercher des limaces entre les feuilles d'un chou. Allons, vite! et va montrer à monsieur Boisdon la chambre du sauvage. Et n'oublie pas de dire à la sentinelle que monsieur est de nos amis, fit-il en donnant une tape amicale sur la bedaine de Jean Boisdon.

Boisdon fils voulait bien suivre son père, afin de voir aussi ce sauvage dont il venait d'entendre parler d'une manière propre à chatouiller son imagination. Mais son digne papa lui ayant signifié de l'attendre à la cuisine, force fut au gamin d'endurer, sans se plaindre, la démangeaison de la curiosité.

Après avoir parcouru plusieurs corridors, Boisdon et son guide arrivèrent à la porte d'une chambre dont la fenêtre regardait sur la rue. Mais un soldat armé qui montait la garde à l'entrée de cet appartement leur en défendit l'accès en croisant son arme.

--Monsieur le soldat, dit alors l'apprenti cuisinier, tandis que Boisdon se retirait à distance respectueuse de la baïonnette[19] dont le mousquet du militaire était armé, maître Saucier vous prie de laisser voir le sauvage à son ami M. Boisdon.

[Note 19: ][(retour) ] Ce fut sous Louis XIV que l'on introduisit l'usage de la baïonnette dans l'armée française.