--Pas grand'chose.........à part le sauvage.

--Quel sauvage?

--Le chef de ceux que nos gens ont amenés d'en haut, l'autre jour.

--Oh! oui; on m'a dit, en effet, que beaucoup de monde venait le voir de ce temps-ci. Eh bien, s'est-il sauvé, votre sauvage?

--Se sauver! vous croyez que c'est aussi aisé que ça, vous? Il a eu beau s'affiler les dents sur les os de ses semblables, je vous assure qu'elles ne sont pas encore assez pointues pour ronger les murs et les barreaux de son cachot. Mais il est drôle à voir, tout de même.

--Comment donc? fit l'aubergiste dont la curiosité entr'ouvrit tant soit peu les yeux microscopiques.

--Imaginez-vous, monsieur Boisdon, répondit avec empressement le cuisinier, tout charmé d'avoir amené la conversation sur un terrain moins glissant que le premier, imaginez-vous que c'est une espèce de singe que ce sauvage-là. Pendant les deux premiers jours qu'il a passés ici, il s'est tenu tranquille. Mais, depuis la semaine dernière, ne voilà-t-il pas qu'il s'est mis à sauter, à pirouetter, à s'agiter enfin qu'on peut mourir de rire à le voir. Joignez à cela qu'il vous entonne par temps des chansons qu'il chante d'une force à faire tomber les oreilles des chiens de monseigneur, tant ils paraissent souffrir de l'entendre brailler ainsi. Du reste, c'est doux comme un agneau, monsieur Boisdon.

--On peut le voir?

--Certainement, certainement, répondit Saucier, qui n'était pas fâché d'éloigner son créancier à si bon marché. Vous verrez un peu les jolis morceaux d'or dont ce gredin-là s'est orné les oreilles.

Ici, les yeux de l'avare acquirent presque la grandeur naturelle à ces organes chez les autres hommes. Mais il ne voulait rien laisser percer de sa convoitise.