Boisdon, qui, malgré sa grande dévotion pour l'argent comptant, avait le sens commun des avares, l'esprit de calcul, prenait bien garde de se brouiller avec Saucier au sujet de l'argent dont celui-ci lui était redevable. Car les bonnes grâces du cuisinier lui valaient de fort jolis profits au château. Aussi ne lui parlait-il qu'indirectement de sa dette, et lui montrait-il un visage toujours riant. Bien entendu que, de son côté, Olivier Saucier n'avait garde de se fâcher de certaines allusions que Boisdon se permettait quelquefois à l'adresse de son débiteur.
--Et comment va la santé, père Saucier? fit notre homme en s'asseyant lourdement.
--Assez bonne, comme vous voyez, monsieur Boisdon; et la vôtre?
--Pas mauvaise.
--Le vin se vend bien, je suppose?
--Euh! oui....... mais...... pas toujours au comptant.
--Ah! dame, c'est un des inconvénients du métier, repartit sans sourciller maître Olivier Saucier, qui ne parut pas avoir compris la méchanceté décochée par son créancier.
--Mais, puisque nous en sommes sur la question du vin, reprit Boisdon, en voici quelques bouteilles que je vous apporte pour l'office, comme vous me l'avez fait demander.
--C'est bon! c'est bon! Je vais vous les payer tout de suite, répondit le cuisinier, à qui l'argent de son maître pesait moins aux doigts que le sien. Rien de nouveau, en ville, monsieur Boisdon?
--Non; et par ici?