Un quart d'heure après, Boisdon revint, causa de choses indifférentes avec le militaire, et ne parut céder qu'à ses instances pour jeter un coup d'œil dans la chambre du captif.
Enfin la porte s'ouvrit et l'heureux avare, répétant à peu près ses manœuvres de la veille, introduisit la moitié de son corps par la porte entrebâillée, tandis que la sentinelle continuait nonchalamment sa marche.
Le Chat-Rusé était étendu sur son grabat. A peine eut-il aperçu celui de qui dépendait sa délivrance, que son œil s'illumina d'un rayon de farouche espoir.
Il se lève en silence, et marche doucement vers Boisdon, qui lui a fait un signe.
Dans un clin d'œil le couteau et la lime apportés par l'aubergiste passent dans la main du sauvage, tandis que ce dernier met furtivement les deux précieuses pépites d'or dans la main difforme de l'hôtelier, qui tremble de désir.
Puis la porte se referme, et l'aubergiste revient tranquillement à son logis.
Quelques jours après, Dent-de-Loup avait disparu, sans qu'on pût expliquer comment il était parvenu à scier un des barreaux qui montaient si bonne garde à la fenêtre de son cachot.
Un mois plus tard, vers le milieu de juin, Dent-de-Loup amaigri, harassé, épuisé, rentrait au village agnier, où l'on n'attendait rien moins que son retour.
Comment l'Iroquois était-il parvenu, seul et sans armes, à rejoindre ses frères au milieu des périls sans nombre que lui suscitait sans cesse le dangereux voisinage des blancs?
Le premier soin de Dent-de-Loup, lorsqu'il se trouva dans les bois et à l'abri de toute poursuite immédiate, fut de se confectionner un arc et des flèches, à l'aide du couteau que lui avait procuré Jean Boisdon. La corde était toute trouvée, car le prévoyant sauvage l'avait tirée de son grabat dont il avait mis, durant le dernier jour de sa captivité, les meilleurs fils à profit.