Un sourire ineffable vient se suspendre aux lèvres de l'avare, qui ferma les yeux pour mieux se figurer la somme énorme que représenterait un pareil amas d'or.
--Mais, continua l'Agnier, pour que Dent-de-Loup consente à conduire son frère au vallon inconnu, ce dernier devra d'abord l'aider à trouver dans ce grand village une vierge pâle aux yeux bleus, dont tu peux voir ici le nom.
Et il tendit à Boisdon un papier sur lequel Harthing avait écrit le nom de celle qu'il convoitait.
--"Mademoiselle d'Orsy," lut l'aubergiste.
--C'est ainsi que s'appelle la vierge blanche, répliqua Dent-de-Loup.
--Elle demeure à quelques pas d'ici.
--Mon frère veut-il venir avec le chef pour être son guide? reprit l'Iroquois en faisant passer une des pépites d'or dans la main de l'hôtelier.
--J'y vais, répondit Boisdon, qui se leva aussitôt.
Une seconde pépite ayant suivi le chemin de la première, Jean Boisdon tout ébloui par leurs scintillations eut un moment d'extase. Mais il se remit bientôt, ouvrit la porte d'entrée, et, après avoir fait signe au sauvage de se tenir au dehors, il monta prévenir sa femme qu'il lui fallait sortir un instant et qu'elle eût à verrouiller la porte en son absence.
Tandis que dame Javotte, qui était un tantinet jalouse, maugréait contre une sortie à une heure aussi indue, l'aubergiste venait rejoindre le Chat-Rusé. Ce dernier l'attendait patiemment, et tous deux se dirigèrent vers la demeure de Louis d'Orsy, qui était à cent quarante pas de l'auberge et sur la même rue. Quand ils arrivèrent en face de la maison du jeune officier, Boisdon la désigna du doigt à Dent-de-Loup.