Ils étaient en effet dignes de figurer à côté de leur chef, ces braves gentilshommes qui n'attendaient qu'un mot de sa part pour sauver leur patrie d'adoption, ou mourir comme on mourait alors, le mousquet ou l'épée à la main.

Auprès du comte de Frontenac, dont l'extérieur imposait tant à ceux qui l'approchaient, venaient, d'abord le chevalier de Vaudreuil, le sieur Juchereau de Saint-Denis,[22] qui par sa belle conduite durant ce siège devait mériter des lettres d'anoblissements, M. LeMoyne de Sainte-Hélène, que la mort allait bientôt frapper au champ des braves, ses dignes frères MM. de Bienville et de Maricourt, et le major Provost, que le lecteur connaît déjà.

[Note 22: ][(retour) ] Il fut l'ancêtre des Duchesnay.

Vous auriez pu voir encore M. de La Touche, fils du seigneur de Champlain, et le chevalier de Clermont, qui tombèrent glorieusement tous deux sur le champ d'honneur, trois jours plus tard.

Il y avait enfin les de Saint-Ours, les Linctôt, les Couillard, les Boucher, les d'Ailleboust, les Chambly, les Dugué, les d'Arpentigny, les Tilly, les Baby, les de Lotbinière, et maints autres nobles gens d'épée qui se signalèrent tous dans les fréquents combats de ces temps chevaleresques dont les annales font aujourd'hui notre orgueil.

Harthing, qui s'était cependant remis de sa surprise première, s'avança le front haut vers le gouverneur, qu'il n'avait pas eu de peine à reconnaître au milieu de son état-major. Et, tendant un parchemin au comte, il lui dit en anglais, avec aplomb:

--Voici la sommation par écrit que mon commandant l'amiral sir William Phipps vous envoie.

--Monsieur d'Orsy, dit le gouverneur qui, sans toucher au parchemin, garda son poing gauche sur la hanche, à la royale, et demeura le front ombragé de son large chapeau, d'où jaillissait une gerbe de plumes blanches, veuillez prendre cet écrit et nous en traduire à haute voix la teneur.

D'Orsy prit le papier des mains du parlementaire et en traduisit le contenu à voix haute.

Un religieux silence règne dans la grande salle pendant cette lecture, silence à peine interrompu par le cliquetis des fourreaux d'épées qui heurtent le parquet, par suite de quelques mouvements nerveux de ceux qui les portent. Car elle est des plus propres à agacer les nerfs, cette sommation de l'amiral anglais.