Phipps accusait d'abord les Français de souffler la discorde en Amérique, témoin les hostilités qu'ils avaient commencées l'hiver précédent dans la Nouvelle-Angleterre et sur plusieurs points des frontières. Les colons anglais, craignant justement tout de gens qui les attaquaient en traîtres comme ils avaient fait à Schenectady, voulaient mettre fin à cette guerre de guet-apens, d'embûches et de massacres qui désolait depuis trop longtemps le continent américain.
En conséquence, l'amiral Phipps, venu au nom du roi Guillaume et de la reine Marie, sommait les Français d'avoir à rendre tous leurs châteaux forts et leurs forteresses, avec armes et munitions, enfin à se remettre eux-mêmes et leurs biens en la bonne disposition de l'amiral anglais vainqueur des Acadiens.
"Ce que faisant," ajoutait la sommation de Phipps, "je vous pardonnerai en bon chrétien, ainsi qu'il sera jugé à propos pour le service de Leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets."
A mesure que M. d'Orsy traduisait cette impertinente sommation, le rouge montait à la figure des Canadiens. Lorsqu'il en vint à l'accusation de traîtres que Phipps lançait aux colons de la Nouvelle-France, un sourd murmure d'imprécations circula dans l'assemblée. Mais quand il s'agit de reddition et du pardon de l'amiral, la voix de l'interprète fut couverte un moment par les menaces bruyantes qui grondaient de toutes parts.
--Pendons l'envoyé! s'écria même M. de Valrennes d'une voix vibrante qui domina toutes les autres.[23]
[Note 23: ][(retour) ] Historique.
Harthing comprenait bien le français; mais il n'en avait voulu jusque-là rien laisser paraître; aussi pâlit-il un peu quand il entendit cette voix qui demandait sa pendaison.
Mais il eut honte de laisser percer quelque crainte, et, tirant sa montre d'une main qu'il eût pourtant voulu être plus ferme, il dit que dans une heure, au plus, l'amiral désirait avoir une réponse positive.
Comme les murmures de ses officiers irrités devenaient de plus en plus prononcés, M. de Frontenac promena son regard fier et calme sur l'assemblée, et ces grondements s'éteignirent aussitôt.
Se tournant ensuite vers le parlementaire, qui s'était entièrement remis: