--Passez!

Ces mots furent prononcés dans la nuit du 14 octobre de l'an de grâce 1690; et la sentinelle qui veillait au pied de la côte de la Montagne, livra passage à trois hommes, des militaires, car leur épée relevait un pan de leur manteau, tandis que leur feutre à longue plume s'inclinait crânement sur l'oreille droite.

Le factionnaire leur ayant présenté les armes, ils escaladèrent, tant bien que mal, un retranchement qui barrait en cet endroit la rue dans sa largeur, et continuèrent l'ascension de la montée.

Comme ils arrivaient au milieu de la côte, le cri d'un second factionnaire arrêta de nouveau leur marche; ils y répondirent et passèrent outre.

--Qui vive? leur demanda une troisième sentinelle qui montait la garde à l'entrée de la haute ville.

--Vive Dieu! s'écria celui des trois arrivants qui venait de donner le mot de passe, il paraît que l'on fait bonne garde en notre ville de Québec! France et Canada, mon brave.

--Monseigneur le gouverneur, murmura le soldat en présentant les armes.

C'était en effet le comte de Frontenac, qui arrivait de Montréal avec le sieur François Le Moyne de Bienville. Leur compagnon était M. Prévost, major de Québec, qui avait eu le commandement de la ville en l'absence du gouverneur.

Vers le coucher du soleil, on avait averti le major que l'on voyait un canot descendre au loin le courant du fleuve et s'approcher de la ville. Pensant que ce pouvait être le comte de Frontenac qui venait dans cette embarcation, M. Prévost était descendu à sa rencontre afin de le recevoir.

A peine le comte eut-il passé la porte de palissades qui séparait la haute ville de la basse, qu'il fut accueilli par de joyeux vivats. Les habitants venaient acclamer au passage celui qu'ils regardaient comme leur sauveur dans la situation critique où ils se trouvaient depuis quelques jours.