--Mystère! pour le moment, mystère! interrompit d'Orsy. Et d'un bond, il s'élança sur la levée, que son canot venait d'accoster.

CHAPITRE VI

LE TROPHÉE.

Lorsque MM. de Bienville et d'Orsy abordèrent le quai de la Reine, l'animation bruyante qui régnait dans la ville quand les deux amis l'avaient laissée pour la seconde fois, avait presque complètement cessé.

D'après les ordres du gouverneur, toutes les troupes et les milices disponibles en ce moment étaient échelonnées sur les remparts, où les soldats, le mousquet au poing, devaient se tenir prêts à toute éventualité.

On se souvient que le major Provost avait, en l'absence du comte de Frontenac, disposé trois batteries de canons à la haute ville; la première, composée de huit pièces, était placée à l'endroit où l'on voit aujourd'hui le jardin du vieux château; trois autres canons étaient montés auprès d'un moulin à vent sur le Mont-Carmel; on avait enfin pointé quelques petites pièces au-dessus de la rue Sault-au-Matelot, à l'endroit même où l'on voit aujourd'hui la grande batterie.

Cette artillerie était servie par des canonniers de l'armée régulière.

Les deux autres batteries, chacune de trois canons, que l'on avait établies à la basse ville, étaient confiées à deux compagnies de la marine commandées par Paul LeMoyne de Maricourt et par Jacques LeMoyne de Sainte-Hélène. Et certes, elles étaient entre bonnes mains, puisque MM. de Maricourt et de Sainte-Hélène passaient pour les meilleurs canonniers pointeurs de la colonie.

François LeMoyne de Bienville et Louis d'Orsy, servant tous deux dans la compagnie commandée par M. de Maricourt, se trouvaient donc rendus à leur poste lorsqu'ils mirent le pied sur la levée où nous avons vu accoster leur canot.